mercredi 7 avril 2010

Le nouveau né : les premiers jours à la maison: tout ce que vous voulez savoir et que vous confirmera sans doute votre pédiatre

Nous prendrons l’ordre chronologique des questions
 

Questions lors de la première consultation:

A. L’allaitement au sein :

1. Comment savoir si mon bébé tète assez ?

      Le seul moyen de savoir est d’observer l’évolution du poids . On l’estime en observant les bonnes joues, les cuisses. Je déconseille l’emploi d’une balance. En cas de souci,  SOS pédiatre est plus efficace, car vous serez rassurés ou SOS pharmacie: pesée avec toujours les mêmes habits. La durée de la tétée est très variable mais les bébés prennent 80 % de leur ration durant les 5 premières minutes. Le reste, c'est de la relation mère-enfant, c'est personnel. La composition du lait varie: au début c'est de l'eau qui désaltère, à la fin c'est de la crème qui nourrit. Pour téter la crème il faut avoir faim et donc patienter un peu avant le repas suivant. Cependant, le nombre de tétées fluctue, si le bébé et la maman vont bien, c’est sans importance.

2. Mon lait est-il nourrissant ?
Cette question revient parfois. La réponse est simple: le lait maternel est toujours excellent. Parfois, si la mère est fatiguée, après une césarienne ou en raison d’une maladie imprévue ou d’un coup de blues, elle peut avoir moins de lait. Alors, le bébé tète plus souvent et la mère se fatigue. Il faut parfois donner quelques biberons de compléments (de lait hypoallergénique).

 3. Mon bébé tète sans arrêt, je craque que faire ?

Dans le ventre de sa maman, le bébé est nourri de façon continue par le cordon (alimentation intraveineuse) qui lui apporte tout ce dont il a besoin. Il a parfois un besoin de téter : il suce son pouce dans le ventre de sa maman !
Quand il est né, il doit faire fonctionner son tube digestif,  c’est tout différent. Les repas sont intermittents. Le bébé doit s’adapter, la maman aussi. De plus, le repas est souvent un moment de plaisir, de relation forte avec la maman. Cependant la digestion dure 2 à 3 heures : c’est donc le temps habituel qu’il faut laisser entre les repas.
Il faut donc négocier assez fermement pour concilier les besoins réels, souvent proches du désir des mères, et l’envie de l’enfant.
Moins il y a de repas, moins il y a de coliques. C’est un petit argument parfois apprécié.
La tendance actuelle est à l’allaitement à la demande, mais certains bébés demandent sans arrêt, ce n’est pas raisonnable ! Et la maman que devient-elle ? Pour s’en sortir, une seule solution : négocier.

4. Mon bébé a la diarrhée:

 Un enfant nourri au sein a des selles liquides dont la fréquence varie de une par tétée à une tous les trois jours. Les selles sont de couleur jaune d'or avec souvent des petits grumeaux rappelant "la moutarde à l'ancienne".
Un bébé peut avoir une diarrhée aiguë: c'est l'augmentation du volume des selles et leur aspect différent qui alertent

5 Combien de temps faut -il allaiter?

Le temps qu'il vous conviendra.Ce peut être 1 seule tétée si on le souhaite ou 6 ans, le record à mon cabinet (ce que je ne conseille pas). Quand on ne sait pas, on peut essayer et arrêter si ça ne va pas. En Europe il n'y a aucun problème, l'eau est propre et les familles peuvent acheter du lait en poudre. Mais ne vous trompez pas, je suis un farouche partisan de l'allaitement au sein, mais seulement quand la mère le souhaite. Dans les pays pauvres, la situation est bien différente et l'allaitement au sein est parfois le principal moyen de survie des bébés et la seule solution économique possible.

 B.L’allaitement au biberon : 

Je l'ai déjà écrit: les marchands de laits font de très bons laits. Il est inefficace et stupide de tenter de convaincre une maman qui ne souhaite pas allaiter

1.Combien de repas et quelle quantité ?. 

Pour un enfant à terme âgé de plus d’une semaine, on peut tabler sur 5 à 7 repas par jour.

La quantité dépend du nombre de repas, de la saison, de la température de la pièce, de la faim de l’enfant surtout. Pour se guider, on peut utiliser la formule suivante ou lire les indications des boites de laits:

Quantité quotidienne de lait = (poids/ 10) + 250 +/- 100 ml mais c’est purement indicatif. C’est comme si on dit que le français moyen chausse du 39 et qu’on ne fabrique que du 39. Ça n’ira pas à tout le monde.

Les enfants légers doivent rattraper et mangent parfois plus.


2. Quel lait choisir ?

Le moins cher est le meilleur: 5 fabricants pour 200 marques.Une nouveauté tous les 15 jours, c’est pire que les couches ! Tout est commerce.  Mais le marketing est très puissant .
Les laits se ressemblent tous . Un lait premier âge de base fait le plus souvent l’affaire. On peut comparer les prix.

Puis-je changer de marque ?
Bien sûr puisqu’ils se ressemblent, à condition de rester dans la même catégorie.

3. Quelle eau pour les biberons ? 
Après trois mois, quand l'enfant met tout à sa bouche,  l’eau du robinet fait parfaitement l'affaire  sauf si on fait de grand travaux dans la rue, ou si vous habitez à proximité d’un grand élevage ( Nitrates) ou dans les Vosges (Sulfate) ou dans une campagne avec des résidences secondaires inoccupées avec des canalisations borgnes.
Avant trois mois, elle est sûrement excellente mais peu de parents sont près à l'utiliser. Si vous devez utiliser une eau en bouteille, prenez une eau faiblement déminéralisée produite dans votre région. Le transport en camion  accroit la pollution de la planète.

4. Biberons : plastique ou verre ?

   Les biberons c’est comme les outils il faut de la qualité. Les grandes marques font l’affaire. Il vaut mieux avoir 1 ou 2 biberons de bonne qualité que 6 médiocres, avec une prise d’air mauvaise.
Le verre est plus lourd, se casse,  mais le plastique vieillit, ou fond dans les casseroles s’il n’y a plus d’eau lors de la stérilisation .En tout cas il faut un bonne marque.
Il n’y a pas de Bisphénol A dans le verre, mais les bonnes marques ont supprimé le Bisphénol du plastique (voir l’étiquetage).

Image wikipedia (Catalogue pharmaceutique Dorvault 1862 - Page 194
Source : Ludogrid 2006)





5. Tétines : Caoutchouc ou silicone ?

          Pour les tétines je préfère le caoutchouc avec des trous plutôt que le silicone à débit variable qui va pour les plus grands. Les tétines en caoutchouc peuvent être ramollies en les faisant bouillir quelques minutes lorsque le repas est trop long.




6. Puis-je préparer les biberons à l’avance? NON

 ou pas plus de 4 heures avant, car cela augmente le risque infectieux et  ne gagne pas beaucoup de temps.


7. Faut-il stériliser les biberons ? OUI :

 La tendance actuelle est de ne plus stériliser. On a oublié que le lait de vache ne demande qu’à s’infecter car l’intestin du petit veau a besoin de beaucoup de microbes pour la rumination. Or le lait en poudre n’est que du lait de vache adroitement bricolé, alors stérilisons les biberons de lait. Après 3 ou 4 mois, lorsque l’enfant porte tout à sa bouche , on peut arrêter, mais il faut rester maniaque.Ceux qui ont la chance d'avoir une machine à laver la vaisselle, peuvent l'utiliser pour laver les biberons. La température atteinte lors du séchage est satisfaisante pour tuer les microbes.


C. Questions en vrac

1. Mon enfant confond le jour et la nuit:

Et pendant la grossesse, dormait-il la nuit ?
Il faut lui laisser un peu de temps. Le rythme jour/nuit se met en place entre 1 à 3 mois.


2.Comment savoir quand mon bébé est malade ?

Le mieux c’est de faire des études de médecine, spécialité pédiatrie. C'est un peu long!
Sinon, il faut apprécier soi-même la situation:
A bien y réfléchir, c’est assez facile. On peut dire « Un enfant n’est pas malade quand il a l’air bien portant » et si on a une inquiétude « SOS Pédiatre, informe et rassure »


Dessin Kate Greenway, tiré de L'homme à le flûte, Hachette 1889


3. Mon bébé n'apprécie pas les lavages de nez.

 Il a parfaitement raison. Je n'ai toujours pas compris pourquoi dans certaines maternités, on montre aux mères la technique du lavage, et essuyage systématique du nez avec un coton finement roulé. Cela fait partie des barbaries totalement inutiles. Les bébés font souvent du bruit en respirant et ces méthodes ne changent rien. Il faut les arrêter. Elle ne sont utiles que si le bébé est franchement enrhumé. De même pour les yeux et les oreilles.




4. Autre réflexion : Le bébé de ma copine … pouet pouet etc..

Le bébé de la copine, ce n’est pas le vôtre. Chacun est différent et s’il est parfait c’est tant mieux. La copine n’y peut rien, mais on est content pour elle.Certains enfants sont étonnamment faciles, d’autres particulièrement rebelles, et la plupart moyennement cool. De toute façon, c’est sans mode d’emploi, ni repris, ni échangé. Il faut improviser. La plupart des parents s’en sortent vraiment bien.

5. Parfois je n’assume plus, je craque

(autrement dit « j’en ai marre de ce bébé, je voudrais m’en débarrasser ») C’est bien normal. Avant vous étiez tranquille et maintenant, il y a ce nouveau personnage qui dépend entièrement de vous et qui est parfois fort exigeant. Il y a de quoi craquer. Moi-même pédiatre, j’ai parfois pensé parfois que je pourrais "en vendre un" ! (mais on ne trouve pas d’acheteur pour un casse-pied) ou "le perdre dans la forêt" !(mais les gendarmes le rapportent et c’est le début des très très gros ennuis : évitez!!) . Alors, j’ai gardé tous mes enfants et je ne le regrette pas. Ça n’a pas été facile tous les jours. Sales gosses! Ils sont super!

6. Et le lait de vache de nos arrières grand-mères?

     En fait ce ne sont pas les mères qui se posent cette question , c'est moi, pédiatre nutritionniste qui me demande pourquoi on emploie si peu le lait de vache. Je suis sans doute un peu "influencé par la pensée unique", le marketing est très puissant !


Nos arrières grand-mères, c'est un peu loin pour nos bébés actuels. A ces époques, on allait encore au lavoir! Mais tout est discutable et possible. Vous trouverez peu de pédiatres suffisamment nutritionnistes et aussi un peu rebelles pour vous guider dans cette voie.  Il faut être au top de la nutrition, ou inconscient pour s'y lancer. C'est possible. Cela se faisait au début de mes études et personne n'en est mort mais c'est  un peu plus compliquéPour des raisons économiques, c'est parfaitement envisageable. 
On n'oubliera pas cependant que "le lait de vache, c'est fait pour les petits veaux". Il faut prendre des précautions.


7. Faut-il décalloter mon petit garçon?

Il y a deux écoles, et les autres:
1. Ceux qui décallotent: C'est barbare!
2. Ceux qui font confiance à la nature qui s'occupera et à l'enfant qui se débrouilleront très bien. C'est plus doux et aussi efficace.
3. Et les inquiets qui essaient doucement et multiplient ainsi les microcoupures du prépuce qui engendrent des petites cicatrices qui resserrent le bout et c'est le Phimosis!! Pure création humaine bien regrettable
Donc, on n'y touche pas



"Chaque enfant est différent. Ce n'est pas facile d'être parent. Mais on s'en sort,  ça marche. Heureusement qu'il n'y a pas de mode d'emploi car on ne pourrait pas toujours l'appliquer. L'improvisation raisonnée reste souveraine."


Références:
Les images "la pesée, les tétines, les petits biberons de laits, sont tirées du très beau livre de Marie Claude Delahaye: "Tétons et Tétines histoire de l'allaitement" Ed. Trame


Cette fois-ci il n'y a pas de références bibliographiques car c'est un article un peu en désordre," du vécu au quotidien" issu de mon expérience de pédiatre et de père.

pour trouver des références et pour en savoir plus:
 Le cordon ombilical, le placenta, la maman, le bébé.
L’allaitement au sein 
L’allaitement au biberon : quel lait choisir ?
Le lait de vache, c’est pour les petits veaux !
Diversification de l’alimentation du nourrisson.
Alimentation du bébé, les peurs, les craintes, le...

 

                      Mise à jour le 11 Octobre 2012

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samedi 27 février 2010

Les besoins fondamentaux :l'eau, l'énergie, glucides, lipides, protides, oxygène, azote, fer



Dans le règne animal il existe une relative constance  des besoins fondamentaux.
A part quelques bactéries vivant près des sources chaudes au fond des océans dépendants du soufre, les êtres vivants dépendent du carbone de l’oxygène de l’hydrogène et de l’azote et d’une source  d’énergie.


Les plantes utilisent l’eau le gaz carbonique( CO²) source de carbone et d’oxygène et l’énergie solaire par
le biais de la chlorophylle contenue dans les chloroplastes qui sont de petits capteurs solaires. Ici ces petites billes vertes dans les cellules  aux parois bleutées.

image Wikipedia











L’azote n’est pas utilisé directement par les plantes, mais est fourni sous forme organique (utilisable) par les bactéries et certains champignons du sol . Les vaches et les brebis mangent de l’herbe...


Et l’Homme ?

L'Homme est un animal presque comme les autres. C'est un omnivore, avec en plus la possibilité de changer son milieu (pas toujours dans le bon sens).


Les besoins quantitatifs les plus fondamentaux sont l’eau et l’énergie.

L'eau

Comment estimer ces besoins ?


On a l’habitude d’estimer les besoins, en ml par kg de poids corporel et selon l’âge. C'est une erreur conceptuelle et une complication considérable pour les enfants auxquels les pédiatres ont affaire. Leurs besoins changent selon leur poids ( 200 ml/kg  à 3 kg et  66 ml/kg à 10 ans etc...).Cela encombre inutilement la mémoire.

Il est tellement plus simple et cohérent de considérer les besoins en fonction de la surface corporelle c'est-à-dire la surface de la peau. En effet ce que nous captons ou perdons est proportionnel à la surface de notre intestin, à la surface de notre peau (perte de chaleur ou transpiration), à la surface du filtre qu’est notre rein  etc... Les cancérologues d’enfants le font pour manier avec plus de sécurité, leurs drogues indispensables  mais si toxiques.

Pour simplifier, on peut utiliser la surface corporelle :
Les  besoins en eau, indiqués en fonction de la surface corporelle sont constants: 2 litres/ m².jour
(J'avais mis ici des exemples de calculs comparés mais c'était si casse-pied que j'ai tout supprimé!)
La surface en m² (S) se calcule très facilement jusqu’à 30 kg par la formule :
 S(m²)=(4P+7)/(P+90) où P est le poids en kg. Ça se calcule aisément de tête.
Au delà de 30 kg cette formule surestime un peu la surface corporelle et il faut se servir d’une table ou d’une formule logarithmique  (lien pour les matheux! vers un site d'oncologie mais c'est un pur hasard). 
N'importe quelle calculette (programmable, c'est plus simple) ou ordinateur fait ça très bien. Mais au delà de 30 kg ce n'est guère intéressant. Il suffit de savoir qu'un homme"normal" fait vaguement 1,8 m² et une femme 1,6 m².




Besoins en eau : 2 litres/m² ce qui correspond à un enfant  de 30 kg. (bien portant)
D’où vient cette eau ?
Du robinet, des aliments riches en eau, du lait et ses dérivés (95%), fruits et légumes (90%). Il faut ajouter la combustion des aliments qui produit de l’eau, du CO², et des déchets.

Pas de déhydratation: 2 l/m², déhydratation modérée: 2,5 l/m², déhydratation sévère: 3 l/m²
[c'est tellement facile comment s'en passer? J'utilise ces formules pour les les rations quotidiennes orales ou intraveineuses des biens portants, les réhydratations des gastro-entérites mais aussi des acido-cétoses diabétiques.]

L’énergie :
A la base l’énergie est fournie par la fusion thermonucléaire du soleil qui nous éclaire et irradie.

 Image R.Gamin : Soleil un soir à Bali

Le rayonnement est capté par des éléments dont le plus élaboré est le chloroplaste qui va transformer le rayonnement lumineux en énergie utilisable par les êtres vivants (algues, herbes, arbres). Les plantes captent l'énergie, le CO² de l’air et le transforment en cellulose en rejetant de l'oxygène. Les animaux qui peuvent utiliser la cellulose, mangent les plantes et parfois d’autres animaux.

L’énergie pour l’Homme : le soleil et l’alimentation

Le soleil chauffe la maison. A partir des forêts, il a permis le bois, le charbon, le pétrole.



 Le tailleur de pierre indien s’oriente pour recevoir le meilleur du soleil pour pouvoir réduire sa ration alimentaire, sans se cuire pour autant.







 ImagePondikerala


 
L’alimentation est notre principale source d’énergie:

Les hommes mangent les plantes et les animaux.
L’homme ne peut pas utiliser la cellulose mais seulement l’amidon qui lui ressemble beaucoup et plus généralement les glucides ou « sucres » .C’est un polymère du carbone hydrogéné et partiellement oxydé.
On trouve l’amidon dans les graines des plantes. Le blé, le riz, le manioc sont d’importantes sources d’amidon. L’amidon apporte 4 Cal par gramme.

L’autre source d’énergie provient des graisses animales ou végétales (les lipides) beurre, huile. La graisse est très énergétique : 9 Cal par gramme.

Les glucides et les lipides fournissent l’énergie. Pour les brûler, il faut une bonne chaudière ? Les êtres vivants ont vite compris que les bactéries étaient d’excellentes chaudières.


  On les retrouve donc sous forme de mitochondries N° (9) sur le schéma représentant une cellule.



image Wikipedia






Ces mitochondries sont comme des bactéries intégrées dans nos cellules. Vues en microscopie électronique, elles ressemblent à s'y méprendre à des colibacilles. En fait on pense qu'il s'agirait plutôt de Rickettsia, mais allez savoir! Cela s'est passé il y a presque 2 milliards d'années, mais au rythme où va la science, on le saura dans peu de temps.
image Wikipedia

Ces "chaudières " permettent  de bien utiliser  l'oxygène ce qui permet un meilleur rendement de la combustion.

Curieusement, ces graisses qui chez nous sont mises en réserve ont une structure très proche de gaz butane, propane ou du pétrole qui sont aussi en réserves.
Ceci nous rappelle qu’il existe une universalité du vivant.

Quel sont les besoins en calories ?


Le métabolisme de base - c'est-à-dire les besoins minimum d’un sujet couché sain inactif en bonne santé - est de 800 Cal/m² (ce qui correspond à une perfusion de soluté Glucosé à 10% au débit de 2 litres/m². En fournissant un peu d’eau sucrée comme il faut, on couvre à la fois les besoins en eau et en calories. N’est-ce pas génial?).


Pour un actif moyen   1440 Cal/m².

[ Aie! "Je sens la question". C'est quoi ce 1440 pourquoi? Bien sûr c'est l'année de la publication de la Docte Ignorance  et de la première caravelle mais ce n'est pas pour cela. J'avais lu que le cerveau consomme lui,b144 gr de Glucose  par jour dans une docte publication anglo-saxonne. Je m'étais posé la même question "pourquoi ce chiffre si particulier ? " "Bon sens, mais c'est bien sûr": il y a 1440 minutes par jour donc ça facilite les calculs et impressionne les ignorants. Ce sont "nos petits arrangements avec les chiffres". 1440 contre 1500 qui permettent d'approcher l'universalité, ce n'est pas très grave devant l'individualisme de l'Humain!. Un jour je vous raconterai comment nos doctes experts de l'OMS votent en commission les besoins fondamentaux, c'est édifiant.]

Ce qui donne:
Pour un homme d’activité moyenne, 2700 Cal par jour
Pour une femme2000 Cal. La femme a besoin de moins de calories car ses pertes sont plus faibles car elle a 15 % de graisse de plus que l’homme ce qui constitue un bon isolant thermique.
Ces calories servent essentiellement au maintien de la température à 37 degrés. Les besoins augmentent l’hiver et diminuent l’été où il fait plus chaud .

L’activité physique intense peut augmenter les besoins.

 


Un coureur du tour de France consomme 6000 Cal par jour, le double de la ration de base.








Image "Le tour.fr"








  Par contre un joueur de Water Polo en compétition peut consommer 11 000 Cal car il perd beaucoup de calories en étant dans l’eau.

Image Chine information. JO / Water polo : l'équipe néerlandaise remporte la médaille d'or


 




Les besoins qualitatifs sont spécifiques :

Le carbone est présent dans les féculents et les graisses.

L’oxygène est encore gratuit et raisonnablement abondant.


L’azote et le soufre

Ils sont apportés par les protéines. Une protéine est un long filament comme un collier de petites perles appelées acides aminés. Leur origine est complexe. On en trouve même dans l’espace intersidéral.
 Pour être simple, l’azote sur la Terre est capté par des bactéries en symbiose avec des plantes. Ils profitent l’un de l’autre. On retrouve ces acides aminés dans les graines que nous consommons. Cependant les plantes sont pauvres en acides aminés soufrés dits « essentiels » que nous ne savons pas fabriquer (comme la méthionine dont dépend la cystéine).

Image Wikipedia: processus complexe de capture de l'azote par les bactéries




 C’est pourquoi les civilisations du maïs en Amérique du Sud consommaient aussi des insectes ou des vers, la civilisation du Riz utilise du Nuoc mam préparation à base de poisson.


Image R.Gamin: rizières à Bali


Le fer

A quoi sert le fer ? Il est associé à l'hémoglobine,dans nos globules rouges.


Chez les vertébrés terrestres, l'hémoglobine du sang fixe le dioxygène de l'air des poumons. Grâce à la circulation sanguine, l'hémoglobine oxygénée va être transportée vers l'ensemble des autres organes, pour relâcher par la suite le dioxygène qui sera consommé par les cellules qui en ont besoin. L'hémoglobine permet au sang de contenir plus de dioxygène qu'il ne pourrait par simple dissolution.
On trouve au cœur de la molécule un cycle hétérogène porphyrique, l'hème, qui contient un ion fer . Cet ion fer est le site de fixation de l'oxygène.




Oxy hémoglobine: L'oxygène est en bleu sur le fer.
Image Wikipedia


La myoglobine est une protéine des vertébrés formée chez l'homme d'une chaîne unique de 153 acides aminés, contenant un noyau porphyrique avec ion fer au centre. Elle est le transporteur intracellulaire principal de l'oxygène dans les tissus musculaires.Sa couleur rouge et son abondance dans certains muscles ou chez certaines espèces expliquent la différence d'apparence entre viande blanche et viande rouge.

Le fer sert aussi à un foule d'autres choses.

Les besoins : Les besoins en fer du sujet normal sont de l'ordre de 9 mg par jour chez l'homme et de 7 à 30 mg par jour chez la femme et l'enfant.

Le fer de la viande (héminique)  (12 mg /100gr), du boudin, du foie 20mg / 100gr du poisson est particulièrement bien absorbé. (30%) Mais il n’est pas utile d’en manger beaucoup.

Le fer des végétaux se trouve, en France dans les lentilles (9 mg/100gr) et les orties (40mg/100gr) Essayez d'en manger 100 gr - on n'est pas des boeufs! - les fruits colorés

et ailleurs dans  le cacao  (15mg/100 gr), le soja, la banane. Cependant ce fer est mal absorbé (1 à 2 %). De plus, la présence de d’acide phytique gène cette absorption. L'acide phytique ou acide myo-inositol hexa phosphorique est une biomolécule naturellement présente dans les graines de nombreuses céréales et légumineuses, en général sous la forme de sel de calcium ou de magnésium. Il diminue, voire inhibe l'absorption de divers cations (Zn, Cu, Co, Mn, Ca, Fe) en formant des sels insolubles (phytates).La vitamine C réduit l’effet de l’acide phytique. Il faut donc manger des fruits pour assimiler le fer. (avis aux végétariens !)

Image Wikimedia : Fèves de cacao     










Le calcium et la Vitamine D:

Le calcium est un métal indispensable. Son absorption digestive est très dépendante de la vit D. Il se dépose essentiellement dans l'os auquel il donne sa solidité.
Le manque chronique de calcium rend les os fragiles et sujets à des fractures. Le manque aigu et persistant ou le défaut d'absorption par carence en vit D peut entrainer des convulsions. J'ai observé un cas  en fin d'hiver chez une adolescente vivant dans une vallée ne recevant pas de soleil. Cette adolescente redoutait le soleil l'été.
Les besoins sont difficiles à estimer  mais on s'accorde en général sur le chiffre de 500 mg / jour.
En Europe, les besoins sont largement couverts par le lait ou ses dérivés.

La Vit D est fabriquée l'été grâce aux ultraviolets du soleil. L'alimentation est pauvre (graisse et foie de poissons). Se promener les bras nus, suffit pour refaire les stocks. On donne aux bébés , aux adolescents et souvent aux femmes enceintes une supplémentation au moins l'hiver, car les carences ne sont pas rares.



"C'est un sujet un peu chaud mais il permet d'approcher l'Universel, celui du vivant et celui de la formule que j'utilise tous les jours dans ma pratique de pédiatre"


                                                  Mis à jour le 09/12/2016




jeudi 25 février 2010

Le cordon ombilical, le placenta, la maman, le bébé.

Le cordon ombilical: 
"Un canal qui, au départ nourrit l’enfant, puis après la naissance, un lien qui le bride parfois."


Le cordon ombilical est un tuyau qui relie l’enfant au placenta, lui-même relié à la mère. Il est composé de deux artères et d’une veine entourées d’une gaine de protection. On le voit bien sur cette photographie: c'est le trait double entortillé qui part du nombril.

Il semble partir du nombril. En fait il traverse le ventre de l’enfant à ce niveau. Les deux artères sont reliées à l’Aorte via les artères iliaques. La veine ombilicale se dirige vers le foie, rejoint la veine cave inférieure qui va au cœur.
A l’autre extrémité, le cordon est relié au placenta qui assure les échanges avec la mère.



Par le cordon transitent l’oxygène indispensable à la vie ainsi que tous les nutriments, sucres, graisses, acides aminés, calcium, Fer, etc...nécessaires à la fabrication du petit Homme.
C’est le cœur du bébé qui est la pompe : le sang chargé de déchets, de gaz carbonique, est envoyé par les artères ombilicales vers le placenta où il est épuré. Chargé de bonnes choses et d'oxygène, il retourne vers l’enfant par la veine ombilicale.

Le placenta :

Le placenta est un organe temporaire placé entre la mère et l’enfant. Il permet les échanges entre la maman et le fœtus, mais il produit aussi des hormones permettant le bon déroulement de la grossesse.




Les circulations, maternelle et fœtale, sont séparées par une « barrière hémato-placentaire ». On aurait plutôt dû l'appeler « passoire »  car elle ne barre presque rien.
Toute pathologie à ce niveau  - insertion mauvaise du placenta, décollement placentaire, vieillissement prématuré des vaisseaux, nœud, hématome du cordon, artère ombilicale unique en général liée à une obstruction, présence de toxiques chez la maman - peut avoir des conséquences gravissimes parfois en quelques minutes.

Presque tout ce qui est dans le sang de la mère (sauf normalement, les globules rouges, les blancs et les plaquettes) ira dans le sang du cordon, voici quelques exemples simples:
-les éléments indispensables  pour la croissance du bébé mais aussi :
      -la plupart des médicaments,
      -les produits toxiques comme lalcool responsable de troubles sévères du cerveau,
      -les métaux lourds comme le mercure très neurotoxique,
      -les virus comme la rubéole gravissime pour le fœtus de moins de 3 mois, le parvovirus B19 et bien d’autres,
      -le toxoplasme qui va coloniser le cerveau et la rétine du bébé.

Heureusement tout ceci peut être limité par une hygiène de vie prudente :
 -choisir et limiter les médicaments,
 -pas d’alcool,
 -le mercure est peu courant en France. Il s’est vu durant les années 1940-1966 au Japon à Minamata , un village de pécheurs où les mères étaient intoxiquées par des poissons pollués par une industrie rejetant du mercure dans la baie. Et en Irak en 1971-1972, la population avait mangé du pain fait à partir de graines de semences traitées par un pesticide à base de mercure.
 -la rubéole a presque disparu grâce à la vaccination mais il reste une dizaine de cas annuels chez des personnes qui pensent avoir eu la rubéole ( il y a des copies) ou d’autres qui ont « oublié » le vaccin capital.
 -la toxoplasmose est plus sournoise. On minimise les risques en mangeant de la viande très cuite et en évitant la fréquentation des animaux, en particulier le chat et les rongeurs.





De plus, la femme enceinte est en période de tolérance immunitaire ce qui lui permet d'accepter son bébé constitué pour moitié d'une partie étrangère: le père. Elle se défend d'autant moins contre les agents infectieux.

Heureusement la nature est génialement bien faite et tout se passe en général au mieux. Ces pathologies sont rares.

A la naissance :
Le cordon ombilical peut sortir avant l’enfant, c’est ce que l’on appelle la procidence du cordon. Lors des contractions ou du passage de l’enfant, le cordon est comprimé. Le bébé n’est plus oxygéné et il existe un fort risque de souffrance fœtale aiguë. Dans la grande majorité des cas, la césarienne en extrême urgence s'impose. C’est ce risque qui est souvent mis en avant en France pour « médicaliser » les accouchements. Cet argument est exact mais la médicalisation ne génère-t-elle pas des infections plus fréquentes, indépendamment de l’inconfort avancé par les partisans d’une médecine alternative? Rien n’est parfait.

Après la naissance:  ici tout se passe très bien.

Lorsque la maman le souhaite,  le bébé a été posé sur elle et il cherche le sein où il va trouver du colostrum.
La succion favorise la contraction de l'utérus et l'élimination du placenta. On appelle cela "la délivrance" qui indique que le processus de l'accouchement est terminé.
Si la maman ne souhaite pas allaiter, aucun souci (dans les pays riches), il existent d'excellents laits en poudre et la délivrance se fait aussi.


Ce cordon, quand faut-il le clamper? La plupart du temps le cordon est clampé rapidement par une pince posée à 2 centimètres de l’enfant, pour pouvoir utiliser secondairement les artères ou la veine ombilicale en cas de souci.
Certaines équipes préfèrent attendre la fin des battements des artères, arguant que durant ce temps, l’enfant reçoit encore de l’oxygène et que, de plus, cela éviterait les anémies. Les détracteurs indiquent qu’il y a plus de risque d’incompatibilité sanguine par passage de sang maternel chez le fœtus. La situation n’est pas tranchée.




Les soins du cordon :

Le cordon est donc clampé que va-t-il devenir ? Il va sécher assez rapidement et se détacher. On dit qu’il tombe sans doute parce que l'on dit aussi bizarrement « qu’on tombe enceinte ! ».

Quels soins ? Je suis formel :
Éosine® et désinfectant seulement en cas de macération ou odeur douteuse
En cette époque de phobie des microbes, il est devenu habituel d’utiliser seulement un désinfectant, qui ne pique pas. (rappelons ici que l’alcool n’est pas un bon désinfectant et il pique).

Cependant, il est très indispensable d’aider au dessèchement du cordon par l’application quotidienne d’éosine. L'éosine aqueuse (Éosine®) ne doit pas être utilisée comme antiseptique local mais seulement comme traitement d'appoint pour ses propriétés desséchantes des muqueuses.

Anecdote croustillante.

Il était une fois, une maternité toute neuve qui a supprimé l’éosine en disant que c’est un mauvais désinfectant, « ringard ». Les mauvaises langues ont dit qu’ils craignaient les taches dans leurs locaux tout neufs. On a vu aussitôt des retards à la chute du cordon de type « livre des records » : un cordon en place chez un bébé de 47 jours et chez un autre de 55 jours. J’avais lu précédemment (sûrement pas dans le New England...) que le record mondial était 45 jours.  Ces deux nouveaux records n’ont pas été homologués, mais donc, maintenant qu’ils sont sur Internet cela va se savoir. Il s’agit de l’enfant … (aie, je dérape et le secret professionnel… donc vous n’en saurez pas plus)

Quand on voit un cordon humide qui traine, macère et sent mauvais, on peut imaginer le nid à microbes qu’il représente, alors qu’un cordon bien séché par cette bonne « vieille éosine ringarde », reste propre, inodore et tombe en 8 à 10 jours.
NB : Les deux détenteurs de record vont très bien et les cordons sont quand même tombés.
Quand le cordon est tombé, il arrive souvent que le nombril suinte pendant encore une ou deux semaines. Ici encore, une goutte d’éosine assèche tout.

Longtemps, durant plusieurs mois, le nombril parait « sorti » ce qui interroge les mères. C’est normal. Il y a un temps pour tout.

Le cordon psychologique :
Mais lorsque le cordon ombilical est coupé d’un coup de ciseaux, (c’est indolore pour l’enfant), le travail n’est pas fini. On n'est pas couché, avec les "coliques", les "nuits d'enfer" et on se demande quoi pour plus tard! Le temps passe et c'est surtout un vrai plaisir de voir se développer ces "petites créatures".

Mais, il faut préparer la section du cordon psychologique. Il faudra apprendre à l’enfant les règles de la vie en communauté. Ces règles créent des contraintes et semblent contraires au bonheur de l’enfant alors qu'elles vont lui permettre de se structurer et d’être « plus fort ».


 Tachons, si nous le pouvons, d'avoir des enfants épanouis et non pas enfermés ou coincés par une société à laquelle ils n'ont pas été préparés.


"Adolescent" gravure à l'eau-forte de R.Gamin

Mais nous verrons cela une autre fois.

-->
"Le cordon, tuyau tout simple, qui aboutit au nombril, devient ensuite le centre de l’affect et de la force (le Ki oriental)." Ce n’est pas par hasard que les psychanalystes ont tant exploré cette région.

qi   元气 (en chinois, yuánqì) : originel + souffle : le souffle originel à l'origine du monde ;
ki    en japonais : l'esprit, la force,   元気です: je vais bien
mots clés: Cordon, placenta, toxiques, alcool, toxoplasme, bébé, mère, père, immunité


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mercredi 20 janvier 2010

Diarrhée aiguë : Gastro-entérite. Signes, diagnostic, causes, traitement

La diarrhée aiguë ou gastro-entérite plus communément appelée « gastro » est une situation courante et à risque. Dans le monde elle est responsable d’une importante mortalité, particulièrement dans les pays pauvres et dans les zones surpeuplées où de plus les conditions sanitaires sont moins bonnes.
 Elle se définit par une augmentation du volume quotidien des selles, le plus souvent liée à une augmentation des secrétions digestives. Elle doit être distinguée des selles liquides isolées,  le plus souvent dues au « stress », ce qui n’a rien d’anormal, situation qui a donné libre cours à des expressions langagières  du genre «  c’est la m… » qui nous échappent lorsqu’on est contrarié et que la décence m’oblige à ne pas développer ici. Ce n’est pas un cours de linguistique !
L'enfant nourri au sein a des selles liquides et c'est normal.

C'est une insuffisance intestinale aiguë partielle

Signes :

La diarrhée aiguë se traduit par des selles, le plus souvent liquides ou pâteuses. Les vomissements sont inconstants parfois au premier plan lorsque la partie haute de l’intestin est malade. Les douleurs abdominales sont courantes. Elles peuvent être liées à l’irritation des intestins ou à des contractures des muscles abdominaux en cas de vomissements importants. La fièvre est le plus souvent inconstante, rarement au premier plan.

En pratique, on peut classer les situations de plusieurs manières ce qui aide pour évaluer les risques et choisir le traitement :


Les formes  hautes avec surtout des vomissements. La diarrhée est parfois retardée de quelques heures. L’atteinte concerne surtout l’intestin grêle. L’origine est le plus souvent virale.

Les formes basses volontiers fébriles avec peu de vomissements, des selles fréquentes et peu abondantes souvent pâteuses parfois glaireuses, moussantes. L’atteinte concerne surtout le colon. L’origine est parfois bactérienne (salmonelles, yersinia, clostridium D. …) et réalise alors un tableau appelé syndrome dysentérique avec nombreuses selles glaireuses parfois sanglantes, de la fièvre, des douleurs abdominales et des faux besoins. Ce qui rappelle les crises de dysenterie amibienne des « coloniaux ».

Les formes mixtes les plus fréquentes par atteinte prédominante du grêle moyen sont des diarrhées aqueuses parfois très abondantes. L’exemple type est le choléra avec 8 litres de selles par jour, ou le Rotavirus. Ce sont ces formes qui exposent aux déshydratations si redoutées.


Que fait le pédiatre avec tout cela ?


1. Il évalue la gravité de la situation
. Y a-t-il déshydratation ou menace ? On tient compte des ces signes : diarrhée, vomissements, alimentation, fièvre, état de l’enfant, poids, durée d’évolution.

Diarrhée : plus que le nombre de selles c’est le volume qu’on estime. Les diarrhées aqueuses sont plus abondantes.

Vomissements : il faut toujours se méfier d’une autre cause de vomissements; l’appendicite est la plus rare, l’invagination intestinale aiguë est la plus difficile à déceler . Je passe sur les hernies étranglées ou la torsion du testicule, les angines, les méningites et le reste qui sont plus faciles à éliminer du moment qu’on y pense.

Alimentation : L’intolérance alimentaire accroit le risque d’une mauvaise évolution.

Fièvre : La fièvre accroit les pertes d’eau par transpiration, la déshydratation accroit la gravité de la fièvre.

Trio infernal
 : diarrhée + vomissements + fièvre doivent faire envisager une hospitalisation.

Durée d’évolution : Une diarrhée aiguë est par définition brève. Son risque majeur est la déshydratation d’autant plus important que l’installation est brutale. Au-delà de 5 à 7 jours ce n’est plus une diarrhée aiguë et le risque majeur devient la dénutrition . C’est une autre affaire.

Etat de l’enfant : signes de déshydratation : mauvaise mine,  yeux creux, fontanelle déprimée, bouche sèche, persistance du pli cutané, fièvre, perte de poids, mode évolutif ? Certains sont faciles à évaluer d’autres moins :

- la perte de poids
 : cela parait simple mais c’est en pratique rarement déterminant, car on ne dispose pas toujours d’un poids récent et de plus dans les diarrhées très aiguës, l’eau peut se trouver encore dans les intestins et malgré une déshydratation réelle le poids reste un moment stable.


2. Il évalue  le risque de diffusion de l’infection en cas de diarrhée supposée bactérienne :
C’est heureusement une situation peu courante : la diarrhée est le plus souvent bactérienne lorsqu’elle est glaireuse ou sanglante, douloureuse et  fébrile mais rien n’est constant. Les analyses des selles renseignent très peu et leur résultat n’arrive souvent qu’après la guérison. L’âge de l’enfant et la survenue en dehors d’un contexte épidémique hivernal sont des facteurs importants. Le risque de diffusion de l’infection intestinale est maximum avant un an.

Avec quoi peut-on confondre une gastro-entérite ?

Les vomissements se voient aussi dans les angines, les bronchites, les méningites, l’invagination intestinale aiguë (la hantise des pédiatres), l’appendicite, les occlusions et même la torsion du testicule.

La diarrhée pose moins de problèmes. La seule question parfois est: " s’agit-il d’une forme aiguë ou chronique ?"



Causes des gastroentérites aiguës :


En cas d’épidémie ce sont des virus : essentiellement le Rotavirus chez l’enfant.


                                          Rotavirus (comme une petite roue)

Norovirus (Virus de Norwalk) qui entraine beaucoup de vomissements, et des tas d’autres (Echovirus, Parvovirus, Astrovirus ), tous insensibles aux antibiotiques. On ne les recherche pas.

Les formes plus isolées doivent faire envisager une origine bactérienne parfois à l’occasion d’une intoxication alimentaire (salmonelles, shigelles, yersinias,  campylobacter, colibacilles, staphylocoques)
Clostridium Difficile a défrayé la chronique car il s’est répandu dans certains hôpitaux. Il donne des diarrhées essentiellement après la prise d’antibiotiques. Il a également la fâcheuse propriété de pouvoir se développer dans les gouttelettes d’eau dans les sacs des aliments, même au congélateur.

Les parasites sont plus rares. En France, on rencontre parfois Gardia lamblia lors des formes récidivantes.

Complications :
Le principal risque est la déshydratation. Au delà de 5 à 7 % de perte de poids, elle menace la vie, d’où la nécessité d’une grande vigilance de la part des médecins et des parents.

Les autres complications sont plus rares et affaire de cas particuliers.

.

Traitement des gastro-entérites : la gastroentérite étant une insuffisance aiguë partielle, il faut utiliser les capacités restantes, et stimuler les mécanismes d'absorption qui sont le plus souvent intacts.

Réhydrater et nourrir :

Réhydrater : autrefois c’était la bonne vieille soupe de carottes ou l’eau de riz un peu salées,  maintenant ce sont les solutions de réhydratation (SRO) à volonté par petites quantités. Boire ces solutions réhydrate et diminue la diarrhée. Hydrater est l’objectif principal des formes un peu sévères durant les 24 voire 48 premières heures. Les enfants qui vomissent sans arrêt et s’aggravent doivent parfois être réhydratés par perfusion.


Nourrir : c’est indispensable pour permettre la cicatrisation de l’intestin et éviter la malnutrition. Trois pistes :
1. fractionner l’alimentation en petits repas.
2. proposer des aliments faciles à digérer c'est-à-dire très cuits et mixés. Utiliser des yaourts, naturellement pauvres en lactose. Ne pas forcer l’enfant.
Pour les nourrissons qui ont un régime non diversifié, il me semble prudent d’utiliser un lait sans lactose communément  appelé « lait de régime ». Ce point est maintenant discuté mais l’intolérance au lactose n’a pas disparue et elle est parfois importante.
3. Les enfants nourris au sein doivent continuer à être allaités ce qui est le meilleur pour eux.

Les médicaments sont tous discutés et sont au second plan, on peut citer :
Les ferments lactiques et pansements,
Les modificateurs du transits souvent plus dangereux qu’utiles,
Les modificateurs de l’absorption digestive.
L’emploi de ces substances me semble plutôt corrélé au marketing des laboratoires ou aux habitudes de chacun.

 Les solutions de réhydratation (SRO) ne sont pas vraiment des médicaments. Elles sont très utiles.

Les Antibiotiques peu recommandés sauf en cas de risque de diffusion infectieuse chez les petits enfants et les malnutris. Le choix est très délicat et assez hasardeux. On est peu aidé par les analyses car les coprocultures mettent parfois 5 jours à « pousser ».

Tout ceci est du ressort du toubib. On ne peut pas faire cela par téléphone.  Soyez cool avec votre médecin : il fait un métier très difficile nécessitant de l’expérience. 


Le Rôle des Parents :
Il est capital car avec les gastro-entérites il faut être particulièrement vigilant : surveiller, réhydrater, nourrir, se lever la nuit, décider d’emmener l’enfant à l’hôpital si la situation se dégrade. Mais globalement, cela se passe bien. Les parents sont très souvent compétents.


Conclusion :
La diarrhée aiguë est une situation fréquente, jamais banale en raison du risque de déshydratation. Il  faut consulter facilement, ce d’autant plus que l’enfant est plus jeune.




Jan Steel L'enfant malade (1660)
Cet enfant a une petite mine, pâle, les yeux enfoncés. Il a peut-être une déshydratation et mériterait, me semble -t-il,  un détour à l'hôpital. Mais en 1660 ...

La gastro-entérite, si fréquente, est une situation à risque, même si l’hospitalisation reste limitée. Elle impose aux parents de se transformer en « soignants » et faire l’ « hôpital à la maison ».


références: 
Thielman NM, Guerrant RL :
--> Acute Infectious Diarrhea -->N Engl J Med 350:38, January 1, 2004 
M. R. Amiera : Important Bacterial Gastrointestinal Pathogens in Children : A Pathogenesis perspective Pediatr Clin N Am 52 (2005) 749_777
Dupont HL:  Bacterial Diarrhea N Engl J Med 361:1560, October 15, 2009  Glass RI, Parashar UD, Estes MK  Norovirus Gastroenteritis  N Engl J Med 361:1776, October 29, 2009 Review Article 


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vendredi 25 décembre 2009

L'Argentine et la grippe A (H1N1) chez l'enfant


En préparant l’article sur la grippe en Chine, rassurante, je suis arrivé sur cette publication sur la grippe en Argentine assez inquiétante. Cet article n’est pas publié dans la revue mais accessible seulement en ligne, ce qui explique qu’il m’a échappé durant quelques jours, car je ne passe pas ma vie sur le net, Et c’est Noël.

Malgré la trêve de Noël où tout est formidable, je dois vous informer:
Les commentaires du Dr Gamin sont en bleu.
Préambule
Géographie
L’Argentine est un vaste pays (plus de 5 fois la France) s’étendant sur 3700 km du  nord au sud et sur 1400 Km d’est en ouest

                image Wikipedia  sous licence Creative Commons Paternité version 3.0 Unported.

Sa population est de 40 millions d’habitants.


Son économie est dramatique. L'instabilité politique et économique a plongé l'économie argentine dans l'enfer d'une crise sans précédents en 2002. Cette crise a mené plus de 50 % de la population sous le seuil de pauvreté. Des manifestations ont alors été organisées, suivies de pillages de magasins. La crise économique mondiale de 2008 a fait replonger ce pays qui émergeait à peine.

Le système de santé
 :
l’Argentine consacrait en 2005 7 % de son PIB à la santé et aux services sociaux. Pour un pays en ruine c’est déjà bien mais pour un pays si vaste où 15 à 50 % des gens vivent au dessous du seuil de pauvreté, avec deux crises successives qui modifient brutalement le statut des personnes (perte de revenus, de domicile...) cela ne permet peut être pas de tout faire.
 PIB de l'Argentine en 2005 (Source Wikipedia)

"Ceci explique peut être cela "

La Grippe donc :

Entre Mai et Juillet 2009, 251 enfants ont été hospitalisés pour la grippe. Les taux d'hospitalisation ont été le double de ceux de la grippe saisonnière en 2008. Parmi les enfants qui ont été hospitalisés, 47 (19%) ont été admis en unité de soins intensifs, 42 (17%) ont nécessité une ventilation, et 13 (5%) sont décédés. Le taux global de décès était de 1,1 pour 100.000 enfants, comparativement à 0,1 pour 100.000 enfants contre la grippe saisonnière en 2007. (Pas de décès pédiatriques associés à la grippe saisonnière en 2008.) La plupart des décès ont été causés par des hypoxémies réfractaires. Chez les nourrissons de moins de 1 an, le taux de décès est  7,6  pour  100,000.


































Ce graphique montre  en A en bleu, la survenue des grippes selon la semaine, B en vert, la répartition par âge et l'existence d'infections associées plus souvent chez les petits, C en orange, la sévérité selon l'âge (Death = mort, ICU =  Intensive Care Unit ou service de réanimation, Ward = hospitalisation classique). Le graphe D montre que les petits sont sur-représentés. Le graphe E indique l'âge des enfants décédés.  Il n'est pas totalement cohérent avec le tableau qui suit.




















Deux petits tableaux donc (cliquez sur eux pour agrandir) tirés de l'article étudié, même en anglais, valent mieux qu'un long discours.
Rassurez vous, l'anglais médical est presque aussi simple que le français médical, qui n'est pas forcément facile je vous le concède (Mais pas pire que le jargon des juristes). La preuve, c'est que j'ai fait "allemand et russe", ce qui n'est guère utile en médecine, puis anglais, dès le début de mes études de médecine pour le" fun" mais c'est resté laborieux, aussi pour moi. Alors j'ai appris un peu de japonais que je trouve beaucoup plus difficile que l'anglais à lire et écrire surtout. Mais je m'égare, reprenons.


Le second tableau montre:
13 décès au total , survenus chez des enfants  de moins de 15 ans  dont 9 étaient porteurs de maladies déjà très sévère.
avec10 décès de petits enfants de moins de 3 ans dont 4 n’avaient pas de facteurs de risque (âge : 1 mois, 10 mois, 2,2 et 2,5 ans). Les autres étaient déjà gravement malades.


Quelles leçons pour  nous en hémisphère nord?

Des études publiées dont je dispose, il ressort que :
Les petits enfants de moins de 2 ans sont plus à risque d’avoir la grippe  
Les facteurs de risque déjà décrits sont les mêmes
La gravité semble moindre dans les pays riches (comme souvent)

Et la vaccination ?
On dispose d’un vaccin sans adjuvant pour les petits enfants, il faut donc vacciner les petits enfants, surtout s’ils ont un facteur de risque
Faut-il abaisser l’âge de la vaccination pour les petits nourrissons de moins de 6 mois à risque ? Je ne sais pas si le vaccin est efficace, mais nos savants le savent sûrement.
Il faut aider les pays pauvres, car la grippe est plus dangereuse quand la situation préexistante est mauvaise.

Conclusion :
La grippe est plus sévère chez les petits enfants. En Argentine, elle a tué.
Vaccinons les enfants de 6 mois à 2 ans surtout s’ils sont à risque .

Voir aussi:
"la grippe dans le monde"
"La grippe en Chine"

La médecine n’est pas toujours drôle mais ce n’est pas sa vocation. Nous sommes là pour soigner les gens et leur permettre de vivre dans les conditions de santé les meilleures.


                          le Fritz Roy dans les Andes (Photo Wikipedia)

" C’est la trêve, joyeux Noël, bonne année 2010 à tous et merci de me lire "


Référence :
Romina Libster, MD, Pediatric Hospitalizations Associated with 2009 Pandemic Influenza A (H1N1) in Argentina  N Eng J Med 361;26  December 24, 2009 : publié sur le site de NEJM

Mots clés: Argentina, vaccin, Grippe, influenza, enfant, nourrisson, A(H1N1), gravité

jeudi 24 décembre 2009

La Chine et la Grippe A(H1N1)







La Chine est un grand pays,  la Chine fait tout en grand. La Grande Muraille mesure 6700 km, 6 à 7 m de hauteur, et 4 à 5 m de largeur.( Photo Wikipédia)




 Tout y est grand, sauf la grippe, une petite et les chinois publient des choses fort intéressantes.

Je vous ferais un tout petit article relatant leur grande expérience. Les commentaires du Dr Gamin sont en bleu





L’article passe en revue les signes cliniques de la Grippe 2009.  de juin à Août 2009
61 hôpitaux de 20 provinces ont participé à cette étude.

Voici une petite carte de ces provinces pour vous rappeler votre bonne géographie:




Image tirée de l'article étudié













Qui a la grippe ?
Pour détecter les sujets fébriles, les chinois ont installé des scanners thermiques dans  tous les ports et les aéroports permettant d’entrer en Chine.
Fin août,
56 millions de voyageurs ont été contrôlés et 17 909 présentant un syndrome fébrile et respiratoire ou les sujets très proches ont eu une recherche du virus A(H1N1) par PCR.

4,3 % des personnes présentant des signes de grippe ou leurs contacts soit  747 personnes, ont été positives .
Quand on entend partout en France dire que 100 % des gens qui ont de la fièvre et toussent ont la « grippe A, on ne peut qu’être étonné de cette différence. Soit les chinois sont mauvais, mais tout de même, ils publient leurs travaux dans une revue prestigieuse, soit les français sont « trop bons » mais pourquoi ne publient-ils pas ?

426 personnes ont été étudiées de manière très précise. Les symptômes sont les mêmes qu’ailleurs (fièvre, toux, fatigue, d'apparition rapide)

L’évolution est favorable avec très peu de complications.
L’incubation est de 2 jours et la guérison, contrôlée de surcroit par la disparition du virus nasal, est obtenue en 6 jours.
La prescription précoce de « Tamiflu » raccourcit un peu la durée d’évolution mais les médecins chinois sont sceptiques sur le bien fondé de son emploi compte tenu du risque d'émergence de résistances, de la faible efficacité, du caractère bénin de cette grippe, et du prix. 6 réactions indésirables bénignes ont été constatées.Voilà qui devrait tranquilliser  nos décideurs et les réconcilier avec les médecins généralistes et les pédiatres qui pensent plutôt comme les chinois (et hop O/15 !)


Conclusion : Grande chine et petite grippe.

 voir aussi:
"La grippe dans le monde"
"la grippe en Argentine"

Il se confirme que :

"Toux n’est pas grippe et grippe n’est pas tout"

Référence :
B Cao et Coll : Clinical Features of the Initial Cases of 2009 Pandemic Influensa A 5H1N1) Virus in china,  New England Journal of Medecine 351 ; 26, 24 dec 2009, p 2507-2517

 mots clés: Chine, 中国, grippe, 瓷器感,  A(H1N1), influenza, signes, Tamiflu,